Eloge à Sophie JANOIS

Ceci est une lettre de soutien et de remerciements pour Me Sophie JANOIS (principale avocate défendant les autistes en France), écrite par Eric LUCAS (autiste Asperger) le 5/12/2017.

Chère Sophie

Votre article de ce jour appelant à la solidarité de tous pour notre cause m’a ému, et j’aimerais pouvoir me joindre à votre « appel », en tentant d’en commenter ci-dessous les éléments, tout en redoublant d’efforts pour limiter mes maladresses ou mon « abrupteté », en me livrant à l’exercice ardu et délicat consistant à surpasser – voire outrepasser – ici, pour vous, ma nature spontanée, droite et sincère.

Par ailleurs, je suis heureux d’avoir ainsi une occasion d’user moi aussi de mesure et de finesse, apaisante parenthèse pendant certains combats contre certains fléaux ne méritant ni la gentillesse ni la largeur d’esprit, puisqu’ils s’en servent pour progresser sournoisement dans leurs détestables entreprises manipulatoires auto-glorificatrices.
(J’espère que l’on peut avoir le droit de détester le mal fait aux autistes, et les responsables de celui-ci.)

Dans un but de clarté, je me permets de citer les différents paragraphes de votre article, en vert.

« JE VOUS REMERCIE : Lorsqu’on adopte la cause des autistes, que l’on soit ou non concerné, c’est avant tout que l’on est touché par le flot d’injustices que subissent les familles, que l’on a le désir profond d’aider sur le terrain ou dans d’autres sphères et surtout, que l’on est animé d’une certaine force combative. Cette force-là, je l’ai maintes fois croisée dans les familles, dans les associations, et même dans les gouvernements successifs. »

L’inspiration et l’élan altruiste noble qui se dégagent de votre « appel » m’ont presque culpabilisé de ne jamais vous avoir remercié pour notre cause, celle que vous appelez si justement « la cause des autistes », et non pas « de l’autisme » (qui renvoie à l’idée de l’autisme vu comme une « maladie »).

Je crois qu’avec tout ce que vous faites infatigablement pour la défense des autistes depuis si longtemps, la moindre des choses serait au moins de vous remercier publiquement, d’autant plus que je partage presque entièrement les vues que vous exprimez dans votre bel article.

Vous commencez par y rappeler « le flot d’injustices que subissent les familles », et je me joins évidemment à vous (en hésitant, par respect, à dire ici que le mot « familles » aurait pu être remplacé par « autistes », pour encore plus de délicatesse envers la quasi totalité des autistes vivant indépendamment de leur famille, et dont les efforts quotidiens pour tenter de « survivre » sont découragés par les mêmes injustices, absurdités et parfois infamies ; et qui souvent se sentent abandonnés de tous, oubliés, y-compris parfois dans les écrits de personnes dont on ne pourrait mettre en doute le dévouement pour notre cause).

J’aimerais avoir la chance que vous avez de pouvoir « lutter » sur le terrain, ce qui est rendu difficile pour un autiste comme moi (même très « adaptable »), à cause des obstacles résultant de l’Absence de Prise en Compte Correcte de l’Autisme par le Système Socio- Administratif, surtout lorsqu’il s’agit de tenter d’aider le Peuple Autiste d’une manière globale (sans distinctions de pays, d’âges ou de « niveaux »).

Cela est rendu encore plus difficile par la cruelle absence de moyens, et surtout de temps, d’autant plus que parfois il faut en passer beaucoup trop pour se défendre contre des attaques injustes dues à l’incompréhension et à la confusion, entre autres.

C’est pour cela que j’ai toujours admiré le fait que votre indéniable combativité, conjuguée avec vos compétences intellectuelles et juridiques à mon avis « hors-normes » permettent, grâce aux moyens financiers, d’aboutir à des résultats concrets sur le terrain, notamment pour les familles et en priorité pour les enfants autistes.

Cela me fait mesurer l’immensité de la tâche, semblant impossible, pour les quelques autistes animés par le même altruisme que le mien, rencontrés sur cette planète lors de mes pérégrinations.
Il est plus que difficile de lutter ainsi, presque seuls et pour des millions d’êtres humains, pour la compréhension de l’autisme et des autistes, pour la liberté et la dignité des autistes, mais aussi pour nous protéger contre certaines atteintes et manipulations incompatibles avec l’autisme.

Heureusement, hors de France, j’ai pu rencontrer des personnes comprenant ces choses, ce qui m’a encouragé pour poursuivre ce combat contre l’injustice, la souffrance inutile, la privation de liberté pour les autistes, sans parler de certaines « pollutions mentales » et autres, tellement difficiles à percevoir par les personnes seules capables d’y apporter des solutions, que leur passivité contribuant aux souffrances finissent par transformer celles-ci en « crises autistiques », non sans raisons, qu’il est indispensable et obligatoire de chercher à comprendre finement, au risque de confondre l’exaspération légitime avec de l’agressivité, ou, pire, de croire voir de la haine dans une révolte justifiée, par exemple quand celle-ci résulte d’offenses et de tromperies sournoises au détriment des autistes et même de l’autisme, et surtout lorsque la perfidie arrive à se hisser au sommet d’un pays tout entier, au point d’ignorer totalement les alertes progressives, et d’en arriver à des situations tellement paroxysmiques que l’insistance courageuse dans le rejet des faussaires est parfois confondue avec une manifestation classique de la vile bassesse égoïste ordinaire, par les personnes trop occupées pour avoir le temps de chercher au-delà des apparences.

Vous le savez, je connais assez bien le « monde de l’autisme » en France (notamment au niveau des entités représentatives et décisionnaires nationales), et même tellement bien que les tromperies et « mascarades » que j’y ai vues ont fini par me faire littéralement fuir mon propre pays, dans l’espoir de « revivre » loin d’une « contamination » et même d’une « perdification » des esprits et des valeurs, amenant trop souvent à la glorification du non-sens et de l’hypocrisie, le tout sur fond de passivité et d’asservissement au « politiquement correct » et au « socialement correct ».

J’en profite ici pour rendre hommage à votre « franc-parler », et même à votre franchise, du moins d’après ce que j’ai pu voir lors de nos quelques rencontres et même « aventures » (au sens noble du terme), comme par exemple lors de la présentation du rapport de l’Alliance Autiste au comité des Droits de l’Enfant à Genève lors de l’examen de la France, pour laquelle j’ai estimé justifié de vous inclure dans notre délégation (ce qui, vous le savez, était difficile puisque nous étions déjà deux, nombre maximal autorisé).
Vous vous souvenez très certainement du fait que j’ai refusé de donner suite à l’insistance de la présidente d’Autisme France, Madame Langloys, qui était outrée de votre participation (pour divers motifs avancés, dont surtout celui d’un prétendu « désir de vous faire mousser »), et qui a tenté, en vain, de me convaincre de revenir sur ma décision.

On m’avait bien prévenu d’une inimitié profonde entre vous deux, et vous avez peut-être pu remarquer mes efforts de gentillesse et de conciliation, d’ouverture, de main tendue, qui ont contribué à ce que la défense des autistes devant le Comité se passe très bien, car j’ai tout fait pour arrondir les angles entre les deux délégations françaises (pour les autistes) : la nôtre (de 3 personnes), et Madame Langloys.
Ce fut assurément un succès, grâce à tous. Un beau moment pour la défense des autistes, qui compte beaucoup dans les politiques françaises actuelles.

On me dit aujourd’hui que vous seriez réconciliée avec Madame Langloys, et si c’est le cas j’en suis évidemment ravi, moi qui cherche toujours (sauf en cas d’abus ou de traîtrise) l’entente, l’alliance et le rapprochement, au-dessus des bêtes querelles de personnes ou questions d’ego, dont j’ai toujours dit et écrit, depuis la création de l’Alliance Autiste en 2014, qu’elles n’avaient absolument pas leur place dans ce qui nous faisons.

Je n’ai cessé de dire qu’il fallait « laisser les égos au vestiaire », et de rappeler que les personnes que nous voulons « défendre » ou du moins aider, particulièrement vulnérables, ne méritent pas, jamais, que des questions d’égo, de notoriété ou d’intérêt personnel viennent interférer dans cette « défense », ou, pire, polluer et pervertir le « paysage associatif » au point que plus personne ne comprend plus rien, que plus personne ne fait confiance à personne, que les fourbes sont encensés et les vertueux piétinés, que la comédie et le « grand n’importe quoi » deviennent si assourdissants et décourageants que même les plus hardis « s’auto-excluent » au loin, et que ceux qui restent sont condamnés à l’enfer du doute, de la suspicion, bref de la zizanie complète engendrée par les comportements troubles de certain(e)s « responsables », ce qui finalement profite à nos adversaires : le lobby médico-social, lequel peut continuer à profiter tranquillement de « l’autisme », sur les ruines de la pitoyable dévastation inévitable lorsque tout repose sur la perfidie et la duperie au plus haut niveau (par exemple dans les RBP HAS et dans le Plan Autisme 4).

Je suis sûr que, comme presque tout le monde, vous convenez du fait qu’il faudrait pour le moins « assainir » ce milieu complètement dévoyé, où certaines personnes cultivent des apparences de manière à mieux cacher leurs réels intérêts (qu’ils soient d’ordre financier, de « pouvoir », ou même de ridicule « gloire »).
Tout ceci est bien misérable, et, comme toujours, c’est au détriment des autistes, vulnérables, incompris, maltraités, spoliés, exploités, enfermés, exclus, privés de liberté, de chances, de vie.
Et je ne vois pas pourquoi je devrais avoir honte de dire que j’en pleure en écrivant ces mots.

Mais la souffrance et l’accablement, pendant des décennies, peuvent parfois pousser à la colère et à une révolte justifiées, contre tout cet « acceptationnisme de l’inacceptable ».

Pour ma part, ce qui me révolte le plus, c’est quand ce sont les plus haut(e)s « responsables » qui eux-mêmes couvrent (ou orchestrent ?) les pires supercheries, confinant à de l’insulte faite aux autistes et à l’autisme, c’est à dire notamment à l’authenticité, la « pureté », la vérité, l’absence de calcul etc.

Bref, afin de ne pas souiller le présent hommage en développant ces amères réflexions, je vous prie de pardonner ce petit moment d’épanchement, et j’aimerais revenir sur des considérations moins démoralisantes.

Je vous remercie encore de m’avoir confié, la veille de notre présentation à l’ONU, que ma conduite automobile était parfaite lors de notre voyage de quelques heures. Il est vrai que puisque vous aviez besoin de dormir, j’ai fait tout ce que j’ai pu, comme toujours, pour « optimiser les choses » autant que possible, afin que nous soyons tous bien reposés (enfin, surtout les 3 personnes ne conduisant pas).

De la même manière que j’ai continué à travailler, ce soir-là, sur notre petit texte introductif, alors que tout le monde dormait, après un dîner qui selon moi n’a pas laissé assez de temps pour bien discuter du texte, comme prévu. Mais j’ai peut-être voulu être trop perfectionniste et trop « pointilleux », en raison de mon éternel désir de bien faire et de mes qualités autistiques ; aussi, dans le cas où vous auriez pu percevoir une certaine insistance de ma part, j’en suis désolé. Finalement j’ai pu corriger les derniers « petits détails qui font la différence » dans cet texte de déclaration orale, et tout s’est bien passé, c’est l’essentiel.

Je continue à lire votre article.

« A l’heure où quelques fâcheux que la haine et la jalousie animent, privés qu’ils sont de recul et de bon sens, s’excitent, j’ai envie de remercier tous les autres. »

J’adore quand vous utilisez le mot « fâcheux », avec l’élégance et la finesse que l’on apprécie en vous !

J’aimerais beaucoup avoir votre aisance linguistique, moi qui n’ai qu’un baccalauréat de technicien, et qui, vu la putridité de plus en plus nauséabonde de la « mascarade en haut lieu », en arrive de plus en plus souvent à devoir utiliser des mots nettement moins raffinés, après avoir utilisé en vain le vocabulaire « acceptable » dans la désignation des importuns et opportuns de haut vol, entre autres nuisances.

Il est clair que la haine est un sentiment bas et nuisible, et que, à mon sens, il ne faut jamais que l’exaspération et la rébellion, parfois exprimées avec une colère légitime, puissent conduire à la haine, surtout envers une personne en particulier, quelque répréhensibles que l’on puisse juger ses agissements.
Parfois, quand l’injustice, les atteintes mentales, l’absurdité insultante, le mépris, la tromperie, durent pendant des années, la révolte en résultant fatalement chez les personnes courageuses et droites peut finir par s’exprimer avec une puissance d’une intensité extraordinairement élevée, qui peut être regrettablement confondue avec de la haine.
D’ailleurs, on parle souvent de la « colère des familles », et personne n’aurait l’idée de parler de la « haine » des familles.
Je crois que la confusion entre haine et colère peut arriver facilement quand les gens n’en voient pas les raisons profondes.
Ceci arrive souvent « dans l’autisme », et donc ce qui importe, quand un autiste se met en colère, c’est d’abord de chercher à en comprendre les causes, en faisant tous les efforts nécessaires (ce dont beaucoup de gens sont incapables), au lieu d’ignorer ses appels, pour finalement décréter qu’il est « agressif » (ou, pire, « haineux »), quand les cris deviennent trop dérangeants.
C’est l’erreur malheureusement très classique, à la base de bien des drames et des vies perdues, chez nous les autistes.

Depuis quelque temps je lis parfois des commentaires un peu hargneux à mon encontre, « dans l’autisme » (en France seulement), chose que je n’aurais jamais pu imaginer quand, fin 2013, j’ai décidé spontanément de me consacrer presque entièrement à notre cause, parce que pour moi c’était une évidence, et sans « calculer » quoi que ce soit.
Heureusement que je n’avais pas pour but une reconnaissance quelconque.
Et je trouve cela tellement absurde et injuste, qu’en voyant d’aucuns se tromper ainsi totalement d’adversaire, cela m’aide à me souvenir qu’il faut d’abord chercher – comme dit plus haut – à comprendre les raisons profondes de leurs protestations, au lieu de se borner à en conspuer les manifestations irritées, en croyant pouvoir juger de tous et de tous en quelques minutes.

J’ajouterai qu’après avoir donné tellement de mon temps et de ma personne, et même du peu d’argent que j’ai, depuis 2014, pour aider notre cause, les réactions hostiles parfois engendrées, en tant que « dommages collatéraux », me seraient particulièrement douloureuses si je n’arrivais pas à me rappeler que celles-ci n’ont pour cause, de toute évidence, que la méconnaissance des « cachotteries » au coeur des polémiques, et le tout dans une ambiance déjà irrespirable de malentendus, de querelles, de rancoeurs, de tromperies et de manipulation, bref, de pollution mentale au détriment des autistes, ce qui précisément motive mes élans à moi pour tenter de dégonfler cette toxique « bulle de souffrance sociale », grâce à ma ténacité et mon énergie (parfois utilisée trop ou pas assez fortement, et j’en suis désolé).

Je trouve que vous avez bien raison, aussi, de condamner la jalousie, même si c’est une notion assez difficile à comprendre pour moi. En effet, sans doute en raison de ma nature d’autiste, je ne peux que tenter de « déceler » de la jalousie entre deux autres personnes, mais je n’arrive pas à « imaginer » cette notion entre moi-même et une autre personne. D’ailleurs, ce serait intéressant de se demander dans quelle mesure la jalousie est compatible avec l’autisme, alors que les autistes « non-contaminés », théoriquement, ne devraient pas avoir dans l’idée d’être « comme quelqu’un d’autre » ni « à la place de quelqu’un d’autre ».
A la rigueur, on peut « avoir envie d’une vie moins pénible, comme les personnes non-autistes », ce qui à mon avis devrait ne pas être assimilé à « avoir envie d’une vie de personne non-autiste » (et encore moins à « avoir envie d’être une personne non-autiste).

Pour ma part, c’est vrai que j’ai toujours réussi à faire à peu près ce que je veux de ma vie, et – pardon de paraître prétentieux – je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais voulu « être comme untel ».
Ni d’avoir voulu être à la place de quelqu’un d’autre, puisque, « en bon autiste », ce qui m’intéresse c’est la création, l’innovation, le progrès de la société, l’entente entre tous ces gens qui se détestent pour des raisons puériles ou de « cases sociales ».

Et je suis bien aise de ce que mon éloignement de la France me mette à l’abri de tout soupçon de jalousie, ou de velléité de convoitise de je ne sais que poste ou fonction, alors que non seulement je n’ai rien fait en ce sens lorsque j’étais encore en France, mais aussi, et surtout, alors que le spectacle affligeant de l’exécrable comédie qui s’y déroule, en matière de « gestion de l’autisme », a atteint un degré si cruellement travesti et destructeur que je vois mal comment je pourrais être jaloux de quoi que ce soit ou de qui que ce soit dans un tel marasme (et j’en profite pour louer les efforts courageux de mes collègues autistes qui s’efforcent de représenter les autistes de France afin que soient enfin entendues et satisfaites leurs demandes légitimes).

A mon niveau, et concernant la France, j’essaie simplement d’y maintenir en survie les associations d’autistes que j’ai fondées (et qui, malgré toutes leurs imperfections et difficultés, ont servi notre cause pendant un certain temps).

Nous sommes bien d’accord sur le fait qu’il est nécessaire de prendre du recul – et je dirais même de la hauteur – pour ne pas se laisser berner par tous artifices, apparences, machinations et falsifications en tous genres qui empoisonnent notre milieu, cible facile pour les arrivistes, ambitieux, égoïstes, mythomanes, « prédateurs » etc.
C’est précisément grâce à ce recul que je parviens à percevoir des choses subtilement cachées, plus difficiles à remarquer par les personnes entraînées dans ce grand tourbillon du « n’importe quoi pourvu qu’il soit socialement acceptable ».

Quand vous fustigez le « non-sens », je vous rejoins encore une fois, moi qui, grâce à mon « autisme », ai des facultés très aiguës pour déceler les erreurs et absurdités sans vraiment avoir à les chercher, ce qui d’ailleurs me fait bien souffrir quand je ne parviens pas à communiquer « correctement » (même auprès de mes « collègues ») pour partager ce que j’ai trouvé.
Parfois certaines « trouvailles » se rapportent à des choses d’autant mieux dissimulées qu’elles sont graves, ce qui rend la tâche incroyablement ardue.

Croyez-moi, c’est vraiment très difficile et douloureux de se battre pour montrer une vérité dont on pense que les gens ont grand intérêt à la connaître, lorsque les personnes que l’on veut aider refusent de vous écouter, et, en plus, vous traînent dans la boue.
Mais je ne peux leur en vouloir, puisqu’une telle hostilité s’explique facilement par ce climat social faussé, agressant et stressant qui me révolte, précisément.

La sensibilité aux incohérences, pour un autiste non dénaturé, est une chose particulièrement évidente, et je me souviens que Madame Langloys, dont je parlais plus haut, m’a déjà dit plusieurs fois à quel point j’étais « très lucide », au début de conversations assez longues.
D’ailleurs, j’ai même été étonné par ces compliments, et d’autres, que je trouvais un peu exagérés.
Je me souviens même que l’une de ces conversations – plutôt imprévue – avait eu lieu quelques jours avant qu’elle ne m’envoie un message s’opposant très fortement à votre participation (ONU, voir plus haut), et donc j’avais été très surpris par le contraste entre la gentillesse initiale, et la quasi-injonction quelques jours plus tard.
Quelqu’un m’a dit que la longue conversation préalable avait sans doute pour but de me rendre plus « malléable », dans l’espoir de me convaincre plus facilement de vous rejeter.
Ce n’est peut-être pas vrai, mais je suis bien obligé de reconnaître à quel point j’ai été naïf « dans l’autisme en France » entre 2014 et 2017, et à quel point on a profité de ma gentillesse.
J’ai horreur de faire de la peine, de refuser des demandes, ou de rejeter les gens, et cela fait longtemps que j’ai compris que ce n’est pas ainsi qu’on peut construire un monde meilleur.
Et c’est aussi parce que, en tant qu’autiste, j’ai été incompris et rejeté tellement souvent, que je ne veux pas faire la même chose avec autrui.

Hélas, parfois, la gentillesse et l’ouverture peuvent permettre l’installation discrète et insidieuse de personnages malfaisants, et dans ce cas, même en étant très gentil, on est bien obligé de prendre des mesures puissantes qui, lorsqu’elles ne fonctionnent pas, amènent alors à des actions plus radicales, un peu comme avec les punaises de lit.

Je connais certaines personnes très gentilles, qui lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles ont été totalement manipulées et dupées, peuvent « régler la gentillesse à zéro », ce qui les fait apparaître comme « méchantes » aux personnes ignorant les dessous des problèmes.

« Je souhaite remercier tous ceux qui agissent concrètement, dans la lumière ou dans l’ombre. « 

Ayant la chance de pouvoir agir concrètement (et beaucoup plus efficacement dans l’ombre que dans la lumière), je me joins à vous pour dire, comme je le fais toujours, qu’il ne faut pas se contenter de se plaindre, notamment dans les défouloirs des « réseaux sociaux », et qu’il compléter les protestations par les actes nécessaires pour lutter contre les maux (à moins qu’on ne préfère les accepter tout en les critiquant).
Et j’ajouterais même qu’il faut, à mon avis, se battre en gardant constamment à l’esprit le bien commun, sans se prendre les pieds dans les pièges de l’intérêt personnel ou de ce que j’appelle « la dictature du qu’en dira-t-on ».

Je ne sais pas si je peux me permettre de partager ici le fait que je n’ai pas vraiment réussi à comprendre ce qui suit.
Etant donné que vous « remerciez » plusieurs fois dans votre billet, ce que je trouve évidemment positif et utile, j’ai néanmoins été « sensible » à cette répétition, ce qui m’à amené à me demander d’abord si vous remerciez les gens à titre personnel, pour ce qu’ils vous ont apporté à vous (par exemple en termes de sympathie ou d’aide personnelle, et dans ce cas j’ai du mal à réfléchir plus loin car ils s’agit de choses privées ne concernant pas l’autisme, a priori), ou bien si vous remerciez « au nom des familles » (ou au nom des autistes, peut-être) mais dans ce cas cela me trouble encore plus, puisqu’il s’agirait de remercier les familles et les autistes pour ce qu’elles font pour les familles et les autistes (et non pas pour vous, évidemment).
Je me suis dit aussi que puisque vous n’êtes pas une « personne concernée (par l’autisme) » (ce qui en langage non perverti signifie « (personne) autiste »), et qu’apparemment n’avez pas d’enfant(s) autiste(s), vous ne pouviez pas dire merci à ce titre ; bref, pour tout vous dire, j’ai « bloqué » sur ce sujet et je n’ai pas compris.
Je suis désolé d’exposer ces réflexions ici, et j’espère ne pas offenser, mais comme c’est la seule chose que je crois ne pas avoir compris dans votre texte, je voulais faire part des limites de ma « lucidité », par souci d’honnêteté et de complétude dans mon écrit.

Dans tous les cas, peu importe la personne qui remercie, et peu importe si elle croit devoir se désigner elle-même pour remercier et encourager, car les autistes et leurs familles ont bien besoin de soutien et de réconfort.
Si je pouvais, je tiendrais à vous remercier moi aussi au nom des familles, puisque finalement votre action a pour but (et pour effet !) de les servir elles et non l’inverse.
(Pardon si cette partie est peu claire, mais comme elle me trouble, j’ai du mal à y réfléchir.)

« Ceux qui jamais ne critiquent leurs frères publiquement mais font bouger les lignes, quel que soit le niveau d’avancée parce qu’il n’en existe pas de petite.
Je remercie ceux qui soutiennent les initiatives des uns et encouragent celles des autres tout en agissant avec leurs propres moyens, petits ou grands. »

Je ne peux m’empêcher d’être frappé par la pertinence et la générosité de vos propos.
Je trouve que vous avez bien raison de rappeler l’inutilité et même la nocivité de la critique non-constructive, et j’ai été très touché par votre emploi du mot « frère », me rappelant la belle expression « frères et soeurs autistes » utilisée… par un frère autiste justement, militant connu dans les Alpes Maritimes, et j’espère ne pas avoir accidentellement critiqué publiquement des collègues autistes authentiques, ce qui serait indigne, inutile, destructeur et même stupide, et naturellement bien involontaire de ma part. Dans un tel cas, je m’efforcerais de réparer les « bourdes », comme je le fais toujours.

Le concept de « fraternité » est assez particulier et délicat chez les autistes, et en tant qu’autiste j’estime qu’il faut faire tous les efforts possibles pour protéger notre fragile « communauté » (dans le sens « catégorie de personnes »), des atteintes sournoises et de l’infiltration de profiteurs manipulateurs prédateurs sans scrupules et à l’ego maladivement hypertrophié, qui choisissent notre milieu comme terrain de jeux pour s’y bâtir des châteaux de cartes et dominer perversement le Peuple Autiste, en le flouant de l’intérieur, comme s’il n’était pas déjà suffisamment grugé de l’extérieur, au plus haut point (et surtout en France, pays de la Tartufferie et de ce que je nomme « l’autruchisme »).

De telles traîtrises sont évidemment abominables et inacceptables, aussi j’en appelle, tout comme vous, à une solidarité entre frères et soeurs autistes, en les conjurant de ne pas se laisser hypnotiser et asservir pas les apparences douces et « gentilles » des escrocs de l’autisme, des faussaires, bref, des faux-frères, tout en s’en prenant aux maladresses de leurs propres frères quand ceux-ci dénoncent les supercheries intolérables.

Et j’apprécie le fait que vous rappeliez que tout effort, même paraissant dérisoire, est utile pour « faire bouger les lignes ».
Et c’est bien parce que la plupart des gens se croient incapables de petits efforts, perdus qu’ils le sont dans la confusion et la défiance résultant des agissements troubles des falsificateurs, qu’il faut inciter tout le monde à participer à son propre destin, à dépasser l’écrasement et le découragement, la résignation, l’abdication devant le mal.
Tant que l’atmosphère était encore respirable pour moi dans ce pays, je crois avoir apporté ma contribution, certes modeste mais utile, dans la défense des véritables intérêts des autistes authentiques et fidèles à l’autisme.
Et je continue à le faire de manière plus globale, en me protégeant que je le peux des atteintes mentales « hallucinantes » et de la corruption des esprits sévissant en France.

Lorsque vous parlez des « propres moyens, petits ou grands », il est vrai que les familles comme les autistes sont souvent contraints à faire beaucoup avec presque rien, et j’en sais quelque chose ; c’en est même devenu, à force, l’une de mes spécialités.
Je pense que l’absence de moyens n’est pas une excuse, car quand on veut, ou peut toujours faire quelque chose, même en partant de zéro.

« Ceux qui jamais ne trahissent leur combat pour des querelles de bacs à sable parce qu’ils savent qu’avancer, c’est construire et non détruire. »

C’est vrai qu’il importe de rester cohérent et fidèle aux buts recherchés, même lorsque les nécessaires destructions de mythes nuisibles ne sont pas comprises.
Il faut toutefois éviter de se prendre pour une sorte de « prophète », juste parce qu’on penserait avoir accès à un peu plus de connaissances sur quelques sujets.
C’est pourquoi ceux qui se croient autoriser à détruire, parfois, des lignes adverses, ne doivent jamais le faire seuls et sans une mûre réflexion, même si celle-ci doit prendre plusieurs années.

Et quand vous parlez de « querelles de bac à sable », après avoir passé quelques semaines sur Facebook récemment, je crois comprendre ce que vous voulez dire.
C’est vrai que c’est fatigant (et en plus, bêtement chronophage), et qu’on se prend parfois hélas à ce jeu toxique et vain.
En même temps, comment pouvoir faire des reproches aux personnes ayant tellement besoin de défouler une ire bien compréhensible, que parfois elles « tirent dans tous les sens », sans vraiment se douter qu’elles blessent des amis et des frères et soeurs inutilement.
C’est là l’un des pièges du virtuel, et tout cela est aggravé encore par les duperies de haut vol dont je parle souvent, qui sèment une effroyable zizanie puisque plus personne ne sait qui croire, et que tout le monde s’en prend à tout le monde, aveuglément, un peu comme dans un grand « village des Gaulois » de l’autisme « à la française ».
Dans d’autres pays, j’ai vu des querelles et des perversions également, mais largement en dessous du niveau atteint en France, incarné par les subversions au plus haut niveau de la défense du Peuple Autiste (que je ne détaillerai pas ici, pour ne pas polluer cet hommage).

Dans ce « milieu » de l’autisme, j’ai rencontré un nombre incalculable de personnes formidables dont l’intelligence, la bienveillance et la ténacité m’ont émue ou simplement aidée.
Je repense aux rassemblements qui ont eu lieu autour des projets de loi ou pour Rachel.
Ces moments où l’on se sent fort d’appartenir à une communauté sans éprouver le moindre doute.
A tous ceux-là, j’ai envie de dire : « Allez ! Restons forts ! Nous sommes des milliers ! ».

Ici j’essaie d’imaginer ces choses qui ont l’air enthousiasmantes et merveilleuses, mais j’avoue que cela m’est difficile puisque je ne les ai pas vues de mes propres yeux. Je n’insinue absolument rien du tout par ces mots, je dis juste que j’aurais peut-être voulu vivre ce que vous décrivez, mais en tant qu’autiste je n’ai jamais vraiment réussi à me sentir comme « faisant partie » des grandes manifestations populaires (ou même de simples réunions familiales), et en résumé, pour moi ces dernières lignes font référence à un « monde social normal » qui m’est relativement étranger, ce qui n’implique pas pour autant un rejet ou une défiance de ma part, bien au contraire.

Quant au nombre incalculable de personnes admirables que vous évoquez, je n’ai pas eu la chance de les connaître, à par quelques amis autistes, et même quelques personnes dans les services publics (bienveillantes mais broyées tout comme nous par ce que j’appelle « l’Hydre Administrabsurde »).

J’aurais aimé conclure cette modeste tentative de contribution à vos efforts en parlant de l’autisme et de ce qu’il faudrait faire pour une vie meilleure, épanouie, équitable, libre, et digne pour les autistes de notre pays, mais actuellement, non seulement je ne parviens même pas à penser seulement à ce choses (du moins, dès que mon attention se porte sur la France), à cause de la pollution mentale dont je parle, et notamment des tromperie en haut lieu, dans notre propre milieu des autistes, qui ruinent totalement notre image et nos efforts de représentation, mais en plus de cela, de toute façon, ces « tromperies de l’autisme » (visibles seulement par certains « initiés ») s’inscrivent dans le cadre plus large et encore plus grave de la grande mascarade générale de la « gestion de l’autisme » par les pouvoirs publics français, avec les scandales que l’on voit depuis plusieurs années, qui s’aggravent encore (par exemple avec le dernier Plan Autisme 4), sur la base d’un certain manque de lucidité et de courage, et sans opposition des certaines grandes figures associatives qui pourraient s’élever contre la tromperie des autistes en leur coeur, et ne pas cautionner une telle trahison avec un tel mépris de notre besoin d’authenticité.

Puisque les efforts de représentativité des autistes, au lieu d’être aidés et encouragés, ne reçoivent ainsi que mépris et acceptation, voire soutien, de la perversion et de la perfidie par certains « fâcheux » au simple profit de leur risible « gloire » personnelle saupoudrée, comme il se doit pour de tels énergumènes, de paillettes élyséennes et télévisées, et ce, sans le moindre rapport avec l’authenticité de l’autisme, et puisque je suis hélas un témoin particulièrement au courant des tréfonds nettement peu glorieux de certaines ignominies, je ne peux que me joindre à votre élan pour refuser les non-sens et tout ce qu vous décrivez à si juste titre.

Et puisque, autiste, je ressens ces tromperies au plus profond de moi-même, comme une sorte de viol de mon identité d’autiste, de tromperie et de moquerie de tous les autistes de notre pays, considérés comme presque tous des arriérés par ceux qui utilisent notre gentillesse et notre candeur pour joindre leur misérable personne à l’exploitation des autistes, à l’heure où cette ignominie dépasse ainsi ce qu’on pensait être le summum de l’abjection en ce qui nous concerne, j’aimerais pouvoir estimer que, contre les agissements de tels usurpateurs manipulateurs mythomanes mégalomanes égoïstes et vils, il y a de quoi être fâché, pour le moins.

Etant donné que, au milieu de tout le désastre de l’Absence de Prise en Compte Correcte de l’Autisme par le Système Socio-Administratif, de l’absence de toute aide pour les dizaines d’autistes authentiques qui tentent de faire comprendre l’autisme (puisque le coeur du problème est là), de la mascarade intégrale au niveau des instances officielles où notre représentativité aurait pu s’exercer enfin, sans parler évidemment de l’infamie incroyable de l’exclusion des autistes et d’autres handicapés dans des « centres » bien pratiques pour en tirer profit, des drames et souffrances permanentes, suicides, dûs non pas à l’autisme bien sûr, mais à la lâcheté, à l’égoïsme, à l’ignorance et parfois la bêtise, de ceux qui refusent de faire des efforts d’adaptation réciproque envers les autistes, sans parler des perfidies perpétrées par les parasites de tous poils parvenant à infester jusqu’au coeur même de l’autisme, etc., et sans parler non plus – et j’allais l’oublier tellement c’est impensable – du piétinement éhonté des lois, règlements, conventions, droits fondamentaux, et même du simple bon sens et de la moindre humanité, par les diverses institutions publiques et étatiques prétendant défendre les droits de l’homme et  les droits des citoyens, bref au milieu de tout ce cauchemar, vous êtes l’une des très rares personnes capables d’obtenir des résultats tangibles et rapides grâce à votre capacité hors-normes pour vaincre les adversaires de mauvaise foi et pour « massacrer » (si j’ose dire !) les arguments fallacieux et méprisables et les agissements détestables de ceux qui n’ont aucun scrupules à profiter des autistes et à martyriser ceux-ci et leurs familles – et je veux parler ici, bien-sûr, des nombreux fonctionnaires tous « solidaires dans l’opportune incompréhension de l’autisme ».

Afin de ne pas faire de cette lettre un livre, je m’en tiendrai là, et je voudrais donc vous dire, en 1 mot comme en 5536, tout simplement : merci.

Eric LUCAS